« 31 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 179-180], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9017, page consultée le 02 mai 2026.
31 mai [1840], dimanche après-midi, 3 h. ¾
Où êtes-vous, mon amour, pour que je vous envoie avec mes pensées mes baisers
et mon âme ? J’ai bien peur que vous ne soyez retourné à Saint-Prix1 chercher vos goistapioux et que j’en sois pour mes frais
de petits pois. J’ai l’espoir que vous me reviendrez
cette nuit, c’est une consolation, mais j’aimerais mieux moins de consolation
et plus de bonheur avec vous. Quelle joie ce serait pour moi de courir la
campagne avec vous sans parler du bien que cela ferait à ma pauvre tête. Il est
bien triste que cette liberté dont nous jouissons depuis un mois tourne si peu
au profit de nos promenades, de notre santé et de notre bonheur. Si vous ne
convenez pas de cela c’est que vous ne m’aimez pas et que vous ne trouvez aucun
charme à sortir avec moi. Taisez-vous !!! Venez me chercher tout de suite et
vous verrez si je refuse la sortie en dépit des Triger, des Pierceau et des Joséphine probables et possiblesa. Je vous dis que
vous êtes une bête et que je vous aime. Le Dabat a apporté le brodequin tout à l’heure parfaitement
raccommodéb, a-t-il dit,
car je ne l’ai pas vu attendu que je m’habillais. Dans tous les cas tu en seras
quitte pour ne lui payer que la moitié de sa chaussure et pour changer de
bottier si celui-ci dégénère. Baise-moi en attendant et aime-moi.
J’éternue comme un chien, j’ai cependant bien chaud et je ne suis pas dans un
courant d’air. C’est une ANOMALIE de mon nez qu’il faut que je supporte avec
les bizarreries de votre organisation. Je n’ai pas encore entrevu la queue
d’une de mes femelles. Il va sans dire que si elles viennent ce sera juste pour
l’heure du dîner et qu’elles s’en retourneront tout de suite après la fricassée
comme il convient à des femelles bien repues. Il est possible aussi qu’elles ne
viennent pas du tout et que j’en sois réduite à ma seule
société, ce qui est bien maigre et peu récréatif. Encore si jamaismon
civet familier mais il est à la campa aujourd’hui, il man
des ceri2et sec soucie fort peu de moi et de mes
rogatons. Moi je vous aime et je vous désire de toute mon âme.
Juliette
1 La famille Hugo s’est installée au château de la Terrasse à Saint-Prix pour la saison d’été.
2 Dans une lettre précédente, Juliette qualifie Résisieux de « civet » de son logis. Elle imite ses défauts de prononciation : « il est à la campagne aujourd’hui, il mange des cerises ».
a « probable et possible ».
b « racommodé ».
c « ce ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
